L'exposition 5/5, Figuration libre France/USA organisée en 1984 par le musée d'Art moderne de la Ville de Paris consacre officiellement cette mouvance en la confrontant à la génération des « graffitistes » new-yorkais (Jean-Michel Basquiat, Crash, Keith Haring, Kenny Scharf). On peut mesurer à cette occasion ce qui réunit mais aussi ce qui distingue les peintres américains et français. Dans le catalogue de l'exposition, Otto Hahn, critique d'art pour le magazine L'Express, tente de définir les affinités des deux groupes : « Mon intérêt pour les Américains, Jean-Michel Basquiat, Crash, Keith Haring, Kenny Scharf, et pour les Français Rémi Blanchard, François Boisrond, Robert Combas, Hervé Di Rosa, auxquels s'ajoutent les photographes Louis Jammes et Tseng Kwong Chi, ici regroupés sous le sigle de Figuration libre, vient de la vitalité joyeuse qui se dégage de leurs travaux. Alors que la peinture déborde d'attitudes nobles et de sentiments tragiques, le „puérilisme“ affiché des nouveaux venus donne le sentiment d'une libération. » Cette nouvelle génération de peintres est animée par un enthousiasme et une désinvolture qui contrastent radicalement avec la sévérité des années 1970 (art minimal et conceptuel, Arte povera, Support-Surface, etc.). Cependant, à la différence de la Transavangardia italienne et des néo-expressionnistes allemands, ces peintres ne se réfugient dans aucune nostalgie. Ils s'inscrivent sans honte ni culpabilité dans l'actualité de leur temps, avec un style coloré, graphique et simplifié inspiré de la bande dessinée, de la science-fiction, des dessins d'enfants et de la culture des banlieues. Les artistes de Figuration libre restent cependant moins influencés par les graffitis que les Américains. Leur peinture fait davantage référence aux « arts populaires » : les monstres et les robots pour Di Rosa ; l'« art brut » et l'imagerie arabe et africaine pour Combas ; les contes et légendes et le cirque pour Blanchard ; la publicité et les objets industriels pour Boisrond.
Photo:
Boisrond